6.5.07

La résistance s'organise en France

Tout d'abord cette admirable analyse de Jean Véronis sur son blog 'La presse a fait mieux que les sondages' qui conclut que le nombre de fois que le nom d'un candidat est mentionné dans la presse, quelque soient le contenu et le propos, est un bon indicateur du vote, même aussi fiable, si ce n'est plus fiable, que les sondages. La corrélation entre l'occurrence du nom et le nombre des votes est grande et positive. Je vous recommande d'ailleurs de visiter, si vous ne le connaissez pas encore (car il bénéficie d'une reconnaissance assez méritée en France), le blog de Jean Véronis qui fait un travail remarquable d'information impartiale, tout simplement en analysant les mots et leurs utilisations.
Les résultats de son enquête nous montrent que ce qui compte pour le succès électoral c'est l'exposition du candidat dans les médias, que l'exposition soit positive ou négative, l'essentiel c'est qu'on parle de vous. Cela fait réfléchir au rôle des médias dans les démocraties occidentales. 'Manufacturing consent' de Chomsky, qui propose l'hypothèse que les démocraties occidentales se servent des médias comme un relai pour 'formater' l'opinion publique aux politiques menées, se confirme par ces données. Ce qui compte alors ce n'est pas le contenu, c'est le 'formatage' ou l'encadrement des esprits. Malgré une opposition mondiale forte, la guerre de 2003 contre l'Irak a eu lieu, sans provoquer beaucoup de remous après, parce qu'elle est entrée dans nos vies, dans les titres de nos journaux et, par le matraquage médiatique, cette chose qui semblait impensable appartient désormais au domaine du possible, tout simplement parce qu'elle a côtoyé en continu d'autres informations plus triviales dans nos esprits.

Depuis hier alors que Jean Véronis avait publié les pourcentages de citations de presse des deux candidats je m'attendais à une victoire de Sarkozy. Je crois que ce que ces élections auront montré, plus que tout autre facteur, c'est la mainmise des grandes corporations financières sur la presse et leur rôle dans la détermination de l'issue des élections. Nous avons vu Jean Marie Colombani attaquer le choix de vote pour Bayrou, le candidat du centre, comme étant non démocratique (la seule motivation de Colombani à mon avis est d'empêcher Bayrou de passer su second tour ou il était donné gagnant contre Sarkozy par toutes les projections alors que Ségolène était donnée perdante). Nous avons lu l'histoire des relations troubles de Sarkozy avec les personnalités des médias et leurs propriétaires. Nous avons vu le soir du débat entre Ségolène et Sarkozy les deux journalistes des deux chaînes publiques rigidifiés comme des zombies et témoins passifs d'un débat qu'ils étaient censés animer, montrant de ce fait leur totale soumission à Sarkozy. Nous avons été témoins des tentatives de Sarkozy d'empêcher un débat entre Royal et Bayrou avant le deuxième tour pour ne pas encourager un report de votes de l'un à l'autre.

Il est clair que Sarkozy doit sa victoire ce soir, tout comme Bush avant lui, à sa mainmise sur les médias. Ce sont des formes de putsh faits par des candidats extrêmistes sur leurs propres démocraties. Mais il la doit aussi aux français qui ont renoncé à vivre ensemble, qui veulent ne rien savoir des autres, il la doit à La France des privilèges qu'elle soit de gauche ou de droite. La victoire d'hommes extrêmistes comme Sarkozy constitue un appel à des guerres larvées internes faites par une partie de l'électorat qui rallie ces candidats extrêmes au reste de leurs concitoyens. Déjà, à une heure du matin en France, rien que quelques heures après l'annonce des résultats, plusieurs manifestations et affrontements ont eu lieu, malgré la lourde présence policière, arrosées de gazs lacrymogènes. Cet état des choses ne pourra pas durer. La république sarkozy ne pourra pas durer car comme on a vu aux US les démocraties occidentales ont besoin d'équilibre pour vivre sinon c'est la guerre, qu'on exporte souvent à l'extérieur sous forme de guerre pour l'intérêt national comme l'a fait Bush avec sa 'longue guerre' contre le terrorisme, et les dérives démocratiques qui vont avec ces guerres internes et qui sont en général entamées avant même l'élection du candidat extrême, comme par exemple la dérive de la presse 'modérée' en France.

Ce soir en France, la résistance s'organise avec le Mouvement Démocrate de François Bayrou, un homme modéré qui aurait pu battre Sarkozy mais qui en a été empêché par la bataille que lui ont fait les médias et par la sottise du parti socialiste qui voulait être au second tour quitte à assumer une défaite plutôt que de répondre aux multiples appels de ralliement lancés par des socialistes modérés avec François Bayrou. La résistance s'organise, mais le chaos aussi.

2 comments:

jij said...

Sophia, I definitely share your grief, and I agree on the huge role the media plays in the outcome of elections in general, but really, isn’t there more to it? Sarko won with a comfortable margin. The majority of French people voted for him. It is not sufficient to say that they were manipulated, brainwashed, misinformed, etc. We have reached the level where millions of people in France have no problem with voting for a guy who has basically adopted the policies of the FN and made them more marketable. When a political and moral vacuum is created, elections are decided on the lowest common denominator of issues, on hate of foreigners, on fear, on racism, etc. The whole establishment has been shifting to the right for decades. Sego spent months chasing after Sarko, trying to convince everyone that she can be as tough (i.e. as despicable) as he is when it comes to security and things of that sort. This is the outcome when people don’t see a real choice between two radically different worlds: Bush gets elected, Sarkozy gets elected…
I wouldn’t compare Sarkozy’s win to Bush’s first win. He didn’t cheat after all; he won relatively easily. I’d rather compare it to Bush’s second win (also a depressingly easy win). Don’t get me wrong, I do think that his presidency will spell disaster for the French people (and other people as well) and that Royale or Bayrou would have been a “lesser disaster”, just like Kerry would have been much preferable to Bush. But blaming it on the media and the power of money and stopping there is kind of a cop-out. The slogans and policies of people like Sarko have ceased to be attractive to only the looniest parts of the country’s population. These are now mainstream beliefs around which successful campaigns can be designed. Is the problem with people like Sarkozy and Bush, or is it with a system and a social order that makes their success possible?

Sophia said...

Jij,
You definitely have a point and I will comment further in the coming days on the French elections. I mentioned (but it wan's clear as I realise from your comment) that if a majority of the public follows Sarkozy and Bush it is because they actualy renounced living with the others.
''Ce sont des formes de putsh faits par des candidats extrêmistes sur leurs propres démocraties. Et ce sont des guerres larvées internes faites par une partie de l'électorat qui rallie ces candidats extrêmes à leurs concitoyens.''
I think the elections of extremists like Sarkozy and Bush are a symptom of a great malaise in the society and also at the governance level. Part of the society will renounce living with the others, the poor, the unemployed, etc.. and the other part, feeling the malaise, think that an extremist candidate is the only one able to arrange things. Here you have part of the French or the US society who decided to vote for the candidate of the extreme which means they are ready to wage an internal war on the other part of society. And to hide this internal war, leaders like Bush and Sarkozy will engage in external wars.
The other point I did not mention is the failing fo the socialist party, they did not prepare. They had a burning defeat in 2002, they weren't qualified for the second tour and all their leader Jospin did after the defeat was to retire from Politics. The others were not motivated to lead a defeated party. Holland was not among the most able to lead but he led because nobody was interested and Holland led within a consensus willing to please evrybody but was not able to unite and initiae reforms and critics. the party was in shatters since 2002 and nobody lifted a finger or asked for an internal critique. The whole campaign preparation in the party was amateurish and Ségolène did not get support and in my opinion was not enough prepared herself despite her great strenght. I watched her debate with Sarko, she was not even able to pin down some of his most controversial policies like the genetic profiling of children offenders. It was a pain to watch for me..

7:05 PM

 
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